Lorsque j'ai voyagé en Birmanie en janvier dernier, avec Marina et Céline, nous avons subi une vague de froid inhabituelle pour la région, dans les environs de Kengtung... une nappe d'air descendue de Sibérie et qui nous a congelées pendant quelques jours.
Dans les rues de Kengtung, les enfants birmans ont sorti leurs bonnets Made in China, kitschs à souhait, mais pomponnés comme je les aime.
Nous avons toutes les trois eu le coup de foudre pour une fillette au prénom imprononçable (pas noté -> aussitôt oublié), qui a très vite été surnommée Pomponnette.
Un mois plus tard, une fois de retour à la maison, Pomponnette a continué de me trotter dans la tête.
Elle avait été une des belles rencontres du voyage.
Après le croquis du carnet, j'ai eu envie de reprendre son visage en plus grand à l'atelier... Sur une toile encollée de vieux papiers, et de bouts d'affiches arrachées dans la rue... Une toile qui avait déjà eu plusieurs vies antérieures, sous les couches de collage... (un visage laotien qui n'avait jamais abouti)
Pourtant, même avec ce nouveau visage, je ne savais pas comment terminer la toile... qui est restée dans un coin de l'atelier, en attente de réponse.
Fin du premier épisode.
Quand
Maud (Villaret, pour ceux qui suivent !) est venue travailler dans mon atelier l'été dernier, elle est allée fouiner du côté de ces toiles "en cours"... celles qui sont dans l'impasse, ou celles dont je me suis lassée avant de les terminer.
Elle a eu un coup de foudre immédiat pour Pomponnette, dont elle a su immédiatement quoi faire (sans avoir jamais rencontré le modèle !)
La toile Pomponnette a donc voyagé, inachevée, en vacances à Saint Jean de Luz, puis à Montreuil, où se trouve l'atelier de Maud.
Elle ne savait pas ce qui l'attendait...
Maud a passé plus d'une semaine à broder à même la toile :
- des boules de laine
- des pompons en 5 teintes et en 5 tailles différentes (j'ai même dû "tondre" des pompons aux ciseaux pour faire des demi tailles !)
- des boules en jersey fluo (oserai-je révéler qu'ils sont faits d'un ancien T-shirt de Maud ?)
- des sequins empilés et perlés
- des boulettes de tissu brodé
Sur le bord de la toile, les pompons ont même été cloués !
Comme ça ne suffisait pas, Maud s'est mise en tête d'ajouter des pendeloques de tissu wax...
26 mètres (oui... vingt-six, twenty six, veintiséis...) mètres... de ruban à découper, coudre et surtout retourner...
Je le sais parce que c'est moi qui les ai faits, et que ça m'a pris 1 jour et demi !! Moi qui n'avais jamais utilisé une machine à coudre de ma vie...
(la preuve)
Je retournais du ruban en mangeant, en voiture, en dormant (non, quand même pas. Pourquoi ? Parce qu'on ne dormait pas !)
Cette photo prise à 3h36 du matin en atteste :
Et celle-ci atteste qu'au bout de 18h de travail on devient un peu débiles :-)
Et comme les rubans assemblés ne suffisaient pas, Maud les a brodés, perlés, etc etc...
Bref, tout ça pour vous dire qu'aucune photo de la toile terminée ne vous fera vous rendre compte de la folie de Maud, de son sens du détail et des finitions...
Je me doutais bien qu'elle devait mettre un temps fou à créer ses pièces, avec son exigence et sa minutie... Mais j'étais bien loin d'imaginer que c'était à ce point !
Et franchement, je pense qu'il faut passer quelques minutes devant la toile, pour en apprécier tous les détails et réaliser vraiment le travail que Maud a accompli dessus ;-)
Donc : Allez voir notre expo à Paris ! :-)... En vrai, pas en photo !
Elle est accrochée jusqu'au 23 décembre...
Et moi je retournerais bien en Birmanie retrouver Pomponnette et lui montrer la toile qu'elle a inspirée...