01 décembre 2014

Atelier batik



Cet été, à Java, je me suis passionnée pour la délicatesse des batiks traditionnels, ces tissus à motifs obtenus par bains successifs dans des teintures. Les motifs résultent de l'application de cire qui crée des réserves : la cire est imperméable et protège le tissu de la teinture.

Au cours de notre traversée de Java, on s'est installés quelques jours à Yogyakarta, ma ville coup de coeur sur cette île, une ville de culture et d'art, et la capitale du batik.
Une aubaine pour s'essayer à une journée d'initiation à cet art, avec un prof javanais.

Le matériel :
- un carré de tissu en coton blanc
- un cadre en bois pour tendre le tissu
- de la cire d'abeille et de la paraffine
- un réchaud à gaz pour les faire fondre
- un "djanting" (entre la petite cuillère et le stylo) pour appliquer la cire
- des bains de teinture naturelle
- des cotons tige pour appliquer la teinture
- de la soude (?) pour fixer la teinture
- une sacrée bonne dose de patience...

Première phase : Le dessin. Quand on choisit un motif à réaliser en batik, il faut anticiper ce qui sera représenté en aplats, et ce qui sera figuré par des traits. Et anticiper ce qu'on veut protéger à la cire (les parties claires) et ce qu'on veut exposer à la teinture (les parties foncées).
On dessine au crayon sur le tissu bien tendu.


Seconde phase : Application de la cire chaude.
On prend la juste dose de cire fondue dans son réservoir. On égoutte, on nettoie le bout du djanting et... On dessine directement sur le tissu. De la vitesse du geste dépend le débit de cire, donc l'épaisseur du trait.
Et là, ça se gâte... J'ai de la dextérité avec un crayon, avec un pinceau, avec une plume... Mais là, il faut TOUT réapprendre ! Je fais des taches partout, ça dégouline, le trait est irrégulier... C'est TRES frustrant ! Je pense qu'il faut s'entraîner à faire ses gammes pour maîtriser le maniement de l'outil, avant de se lancer pour la première fois sur un grand tissu. Sinon, on s'arrache les cheveux.
Heureusement, le prof passe derrière nous pour rattraper les taches.






Troisième phase : La 1ère mise en couleurs (au coton tige).
On applique les pigments au coton tige, un peu en aveugle car les solutions de pigments ont une couleur différente du rendu final.




Là aussi il faut bien anticiper : Certaines couleurs ne peuvent être obtenues que par la superposition de 2 teintures. Ex : Le noir est le résultat d'une teinture bleu foncé superposée sur une teinture jaune !

Lors de la première application, on a donc prévu pas mal de jaune, qui deviendra du noir.



Quatrième phase (facultative) : On pose de nouvelles réserves à la cire ou à la paraffine (recto-verso sur le tissu) pour protéger les couleurs qui resteront telles quelles. Ex : Le rouge, le bleu ciel, certains jaunes.

Cire ou paraffine ? Les craquelures sont obtenues en faisant des réserves à la paraffine (plus cassante) au lieu de la cire. Une fois la paraffine refroidie, il suffit de froisser à la main pour obtenir les craquelures. Vous verrez sur le résultat final.

Pour ma seconde couche de pigments, on a choisi de ne pas appliquer la teinture au coton tige, mais de faire un bain. Ce sera un bain bleu marine, pour que les endroits déjà teints en jaune finissent noirs. Sur la photo suivante, on voit les 3 bassines avec :
- la soude (pour fixer le bleu foncé)
- le bleu foncé (la couleur apparaît tout d'un coup au contact de la soude, c'est magique !)
- de l'eau pour rincer.

Le prof ne met pas de gants pour manipuler la soude, libre à lui, mais à sa place, moi j'en mettrais !



Les couleurs définitives apparaissent au soleil.

A la fin, il reste à faire bouillir le tissu pour éliminer la cire.
Voici mon résultat... pour un premier et vu les débuts catastrophiques, je suis contente de cet essai !



Vous l'aurez compris, le batik, c'est une affaire de minutie et de patience... D'ailleurs les Indonésiens raffolent de motifs ultrachargés sur des vastes surfaces. Certaines pièces représentent des mois de travail... Imaginez des batiks très chargés qui font l'objet de 5 ou 6 bains, donc de 5 ou 6 applications de cire recto ET verso...


Cette dame est en train de mettre la cire sur le verso du tissu après avoir fini le recto... Un travail de fourmi je vous dis !

8 commentaires:

  1. magnifique!
    merci pour toutes ces précisions (tu n'as pas choisi le motif le plus simple non plus pour commencer !!


    une corde supplémentaire à tes talents bravo !

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  2. Incroyable!!! Je me doutais que c'était du boulot, mais pas à ce point là! Merci pour le partage!

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  3. merci pour cette belle découverte ! j' avais vu des batiks , mais je n' imaginais pas que le dessin avait une telle importance et bravo pour cette première réalisation!

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  4. C'est magnifique, je ne regarderai plus les batiks de la meme façon désormais
    merci de nous avoir fait partager cette expérience !

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  5. moi, je connaissais , beaucoup de points communs avec la peinture sur soie "à la cire " , c'est trés beau ! On peut faire des trucs sympas aussi sur papier ...
    je t'ai laissé un message perso sur ton ancien blog, si tu peux aller le consulter ... je n'ai pas réussi à le faire sur celui ci, pas copine avec les nouvelles technologies ....

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  6. Mais c'est un travail de "fou" ,une totale patience et concentration ,un bonne connaissance des "pigments" et surtout ne pas se décourager .....enfin ,bref ,vous avez fait tout cela et je vous admire ...
    Fran.quel

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